Aspirine en prévention des accidents cardio-vasculaires

L'aspirine en prévention des accidents cardio-vasculaires : une posologie à revoir ?

Rothwell P.M. et coll. : Effects of aspirin on risks of vascular events and cancer according to bodyweight and dose: analysis of individual patient data from randomised trials. Lancet 2018. Publication avancée en ligne le 12 juillet 2018. doi: 10.1016/S0140-6736(18)31133-4.

L'efficacité de l'aspirine sur l'inhibition de la production de thromboxane par les plaquettes n'est plus à prouver. Cette inhibition est presque complète. La prise d'aspirine n'est pourtant associée qu'à de modestes bénéfices en termes de prévention des accidents vasculaires. Cette disparité entre efficacité et bénéfices cliniques pose question. Elle pourrait être due en partie au schéma de prise à dose unique qui favoriserait le sous-dosage des patients de grand « gabarit » et, a contrario, le sous-dosage des plus menus.

Pour en savoir un peu plus, une équipe internationale a repris les résultats de 10 essais cliniques évaluant l'efficacité de l'aspirine versus contrôle, en prévention primaire des accidents vasculaires, et utilisé les données individuelles des patients pour analyser l'impact du poids et de la taille sur l'effet clinique de faibles doses (≤100 mg) et de doses plus fortes (300-325 ou ≥ 500 mg) d'aspirine.

Une question de poids
Les données de près de 120 000 patients ont été étudiées. L'analyse poolée montre que l'efficacité des faibles doses d'aspirine (75-100 mg) sur le risque d'accidents cardio-vasculaires diminue quand augmente le poids du patient. Les faibles doses ont une réelle efficacité sur les événements cardio-vasculaires chez les patients entre 50 et 69 kg (HR=0,75 ; IC95 % : 0,65 à 0,85). Cet effet ne se confirme pas pour les sujets de moins de 50 kg (1,25 ; 0,74 à 2,09). En ce qui concerne les pesant 70 kg ou plus, les faibles doses d'aspirine étaient associées à une augmentation de la mortalité au cours du premier accident cardio-vasculaire (OR=1,33 ; IC95% : 1,08 à 1,64), particulièrement l'infarctus du myocarde, et chez les patients de plus de 70 ans. En revanche, le risque accru d'hémorragie sévère sous faibles doses d'aspirine disparaît chez les patients de 90 kg et plus. Ces modifications de l'efficacité des faibles doses d'aspirine sont constatées aussi, mais dans une moindre mesure, pour la taille, la surface corporelle, la masse maigre et la masse grasse.

Quant à l'efficacité des fortes doses en prévention primaire du risque cardio-vasculaire, l'analyse poolée montre une réduction des risques cardio-vasculaires des patients de 70 kg ou plus avec 300-325 mg d'aspirine (0,79 ; 0,70 à 0,90) et de ceux de 90 kg ou plus avec 500 mg (0,45 ; 0,26 à 0,79).

Ces résultats semblent indiquer l'existence d'une fenêtre thérapeutique dépendante du poids du patient, à l'intérieur de laquelle la prévention est plus efficace. La réduction notable des accidents cardio-vasculaires et des décès toutes causes quand le traitement est délivré à des doses optimales pour le poids illustre parfaitement l'intérêt qu'il y aurait à ajuster les doses d'aspirine au poids du patient.

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